Bâtiment

Comment impliquer efficacement l’usager dans la gestion de sa consommation énergétique ?

Dans le domaine de l’économie d’énergie, le plus gros challenge reste l’implication des usagers. Bien que l’économie d’énergie soit l’un des enjeux phares de notre société actuelle, la vraie question est la suivante :

Existe-t-il des méthodes pour impliquer les utilisateurs dans leur propre consommation d’énergie ?

Certaines études ont étudié l’impact de la gestion totale de la maison (chauffage, électricité, etc.) par un réseau intelligent. Il en ressort que les usagers ont une sensation de perte de contrôle sur leur propre maison et ont tendance à consommer plus que d’habitude sous prétexte que la maison est en autogestion. A travers une étude que nous avons menée en interne, nous avons réalisé une infographie (ci-dessous) expliquant de manière simple le processus d’implication de l’usager dans l’économie d’énergie que nous conseillons de mettre en place.

 

 

« L’usager au centre de la démarche »

De par nos métiers et nos recherches sur le sujet, il est très vite apparu que l’utilisateur doit être mis au centre de la conception. Ses besoins et attentes doivent constituer les fondations d’un bâtiment de façon à ce qu’il soit parfaitement adapté et qu’il réponde aux besoins réels de ses usagers. Il est possible de définir l’usage final de chaque pièce/étage/bâtiment avant même la construction et ainsi d’adapter les solutions existantes pour réduire les consommations. (On parle ici d’isolation thermique, d’orientation de l’édifice, de surface vitrée, etc.).

Suite à la construction vient la phase d’exploitation et c’est là que l’utilisateur se voit attribuer le rôle majeur dans la consommation énergétique (souvent bien trop tard). Il est recommandé de sensibiliser les habitants sur la consommation moyenne d’un foyer, dès leur arrivée dans le logement. D’après les études réalisées sur le sujet, cette prise de connaissances est plus efficace si elle s’effectue lors d’un entretien ou via un support numérique. De manière générale, il est bon de laisser à l’usager accès à ces informations de façon permanente.

 

« Tenir informé l’usager »

Avoir connaissance de la consommation moyenne d’une machine à laver ou d’une télévision, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. L’usager doit pouvoir s’approprier ces informations et les comparer à sa situation personnelle. C’est à ce moment-là qu’entre en jeu le FEEDBACK.

Pour une meilleure prise en main et pour favoriser l’interaction, plusieurs études recommandent un Feedback numérique plutôt qu’analogique. En revanche, l’interface doit rester simple et facile d’usage pour toucher le plus large public. Il est également préférable de proposer un support dédié à la gestion de la consommation plutôt qu’une application ou un site internet par exemple.

D’autre part, le Feedback se doit d’être automatisé, la visualisation en temps réel des consommations énergétiques reste l’idéal. Tout en sachant que la fréquence minimale ne doit pas être inférieure à 2 fois par jour.

Quand on propose un Feedback, il faut garder à l’esprit que le ressenti de l’usager vis-à-vis de ce support sera soumis à différentes phases :

  • Forte attractivité
  • Consultation occasionnelle

La phase de forte attractivité est la plus importante car elle permet à l’utilisateur de modifier son comportement de façon durable. Elle ne dure que quelques mois (2 à 6 mois), c’est pourquoi il est impératif d’adapter le Feedback pour la prolonger. Pour cela, il existe deux grands principes développés et testés par les chercheurs : la personnalisation et la gamification.

  • La personnalisation : l’utilisateur doit se sentir en contrôle et pouvoir personnaliser son profil, choisir le type d’affichage des consommations, définir les coûts qui lui sont significatifs (kWh, € ou environnemental);
  • La gamification : une interface avec laquelle l’utilisateur interagit en s’amusant est perçue comme étant plus attractive et donc plus souvent consultée. Ainsi, chaque utilisateur doit pouvoir définir des objectifs, passer des niveaux et obtenir des récompenses ou badges. La compétition peut également être source d’intérêts comme permettre aux utilisateurs de comparer leurs résultats avec ceux d’autres utilisateurs tels que les habitants de leur quartier/ville ou tout simplement un panel représentatif d’utilisateurs de profil similaire.

Petit à petit l’utilisateur va se désintéresser de l’interface et entrer dans la phase de consultation occasionnelle. Si la première phase a été efficace, les comportements économiques développés sont durables et prennent alors tout leur sens. D’un point de vue du Feedback, durant cette seconde phase, il est primordial de proposer à l’utilisateur une comparaison rapide avec sa consommation des derniers mois ou dernières années.

Suite à la sensibilisation et à la réception du Feedback, l’usager va mettre en place ses propres processus d’économies d’énergie. C’est important de le laisser avoir sa propre expérience pendant quelques mois (2-3 mois maximum). Durant cette période l’usager va prendre conscience du/des sources de consommation énergique élevées, prendre des décisions et développer des comportements responsables durables. Ensuite seulement, il sera nécessaire de proposer aux consommateurs un accès à des conseils professionnels pour réduire la consommation d’énergie. Cela permet de s’assurer que certaines mesures prises par l’usager n’entrent pas en concurrence avec d’autres habitudes de consommation et n’auraient donc aucun effet.

« Quelle est la meilleure forme du Feedback ? »

Il n’existe à l’heure actuelle pas de consensus concernant le support, la fréquence ou la nature de ces conseils. Ils peuvent aussi bien être disponibles sous la forme d’ateliers participatifs, de conférences, d’entretiens individuels et personnalisés ou d’une permanence. Dans tous les cas, il est préférable de proposer une majorité de conseils généraux sur les solutions qu’il est possible d’adopter dans un foyer, et une minorité de conseils personnalisés.

En plus de l’accès à tous ces conseils, de nombreuses études démontrent à quel point il est bénéfique pour l’économie d’énergie d’avoir un entretien individuel annuel avec un professionnel de l’énergie et du bâtiment pour pouvoir faire un bilan vis-à-vis de l’objectif et donner des conseils personnalisés. Cet entretien a pour but de faire une piqûre de rappel et relancer la motivation de l’usager. Cet entretien annuel est loin d’être suffisant, l’accompagnement du consommateur doit se faire tout au long du projet. C’est dans ce rôle d’accompagnement qu’interviennent les acteurs externes, tels que les collectivités locales ou les organismes publics locaux. Ces acteurs ont pour rôle d’effectuer un suivi des consommations, de maintenir l’implication et la motivation des usagers à un niveau stable.

 

« Jusqu’à 20% d’économie d’énergie »

L’application de ces différents principes va susciter une implication volontaire et durable de l’usager dans la gestion de sa propre consommation énergétique. Dans l’ensemble des études réalisées et de nos recherches, le maximum de réduction de la consommation énergétique atteint était de 20%.

Ceci nous démontre qu’il ne suffit pas de mettre à disposition des équipements numériques pour compenser les mauvais comportements des usagers. Il ne s’agit pas non plus d’induire des changements de comportements par la mise en place d’un tas de systèmes et de capteurs qui restent encore trop intrusifs. Il est primordial que les usagers gardent la maîtrise de leur habitat. Autrement dit, c’est l’habitat lui-même qui doit s’adapter aux besoins des usagers et non l’usager qui doit s’adapter à son habitat.

 


Sources :

Abrahamse, W., Steg, L., Vlek, C., Rothengatter, T. (2005). A review of intervention studies aimed at household energy conservation. Journal of environmental psychology, Volume (25), 273-291.

Hargreaves At., Nye, M., Burgess, J. (2010). Making energy visible: a qualitative field study of how households interact with feedback from smart energy monitors. Energy policy. Volume (38), 6111-6119.

Heiskanen, E., Johnson, M., Vadovics, E. (2013). Learning about and involving users in energy saving on the local level. Journal of cleaner production. Volume (48), 241-249.

 

 

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