Santé

L’orientation spatiale et temporelle par les sens dans un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes – EHPAD

L’entrée en EHPAD marque pour la grande majorité des résidents un dernier bouleversement dans leur vie. Ce bouleversement engendre des modifications à tous les niveaux, d’un changement des habitudes de vie à un vieillissement des rôles sociaux en passant par l’apprentissage d’une vie en collectivité. Les résidents se retrouvent en effet contraints à vivre en communauté et à respecter des horaires et des modes d’organisation collectifs (heures des repas, activités…) ce qui occasionne une modification de leur rythme de vie. L’entrée en EHPAD est également (souvent) synonyme d’une diminution des capacités physiques, cognitives et sensorielles mais également d’une rupture certaine avec la vie sociale. Le résident se voit perdre de l’indépendance et de l’autonomie, la place et le rôle « parent/enfant » au sein de la famille se retrouve inversée et l’éloignement du domicile modifie les liens sociaux quotidiens (commerçants, voisins, amis, activités extérieures…). La mixité des résidents atteints de pathologies différentes favorise pour certains résidents la crainte de vieillir et renvoie une image de ce qu’ils redoutent devenir. Passant pour la plupart d’une maison familiale à une chambre de 20m², cela contribue à modifier les comportements, l’intimité et les façons de recevoir sa propre famille. En effet, les chambres ne sont plus uniquement un espace de vie intime où l’on dort et se prélasse mais également un lieu de réception, de soins, d’activités voire de repas. Tous ces changements parfois radicaux contribuent à augmenter la fragilité et favorise la perte d’autonomie. C’est la raison pour laquelle, l’aménagement des espaces et des différents lieux de vie est déterminant pour favoriser « le vivre-ensemble » et l’authenticité des espaces tout en respectant l’intimité de chacun afin de minimiser tant que possible la rupture entre le domicile et l’EHPAD.

« Un espace de vie attractif »

Les résidents ont besoin d’un espace de vie attractif qui leur permette de se mouvoir, de se stimuler, d’observer et de créer du lien afin de contrebalancer leur espace de vie intime, la chambre.

Les travaux de Carstensen [CARSTENSEN,1992] ont montré qu’en vieillissant les personnes âgées :

  • Accordent plus de sens à la qualité des relations familiales ;
  • Effectuent moins d’activités mais davantage d’activités qui ont du sens ;
  • Privilégient les routines et les comportements répétitifs.

D’après les travaux de C. Guillaume, F. Eustache, B. Desgranges [GUILLAUME, EUSTACHE, DESGRANGES, 2009], il a été observé chez le sujet âgé un effet de positivité lié au déclin des ressources cognitives. La réduction des ressources cognitives conduirait les sujets âgés à privilégier les émotions positives qui demandent moins d’efforts cognitifs. Or avec la prise de l’âge, le sujet âgé développe ce que l’on appelle l’âgisme qui regroupe toutes les formes de discrimination et de stéréotypie liés à l’âge. Ce phénomène est en partie responsable de l’activation du stéréotype du vieillissement, qui provoque, entre autres, l’augmentation de la réponse cardiaque, une diminution du système cognitif et le développement de maladie. Un sujet qui se sent bien et pense positivement vis-à-vis de son avancée en âge a moins de chance de contracter des maladies pathologiques liées à l’âge. Le maintien de la santé repose sur le maintien et la stimulation de ses propres ressources personnelles et cognitives. Un sujet âgé a besoin de maîtriser son environnement et d’avoir le choix dans les actions à entreprendre. Par conséquent, il est primordial de lui proposer des environnements stimulants et sécurisés qui n’économisent pas les efforts. Ainsi cela évite non seulement les lieux trop aseptisés et peu porteurs de sens mais contribue également à favoriser les déplacements.

Mais alors, comment concevoir l’aménagement d’un EHPAD innovant et intuitif visant à favoriser l’autonomie, l’orientation et le vivre-ensemble ?

Pour répondre à cette problématique, nous avons étudié les comportements de l’ensemble des usagers d’un EHPAD (résidents, famille, aidants, personnels) afin de récolter et analyser les usages, les pratiques et les habitudes de vie. Ces données ont permis de proposer et de consolider avec l’aide d’experts en architecture des préconisations d’aménagements pour une authenticité et une appropriation optimale des espaces d’une résidence. La compréhension des espaces et l’orientation à la fois spatiale et temporelle ont été travaillées de manière à faire appel à nos 5 sens.

 « L’affordance et l’orientation par les sens »

La stimulation des 5 sens (le goût, l’odorat, le toucher, l’ouïe et la vue) est un moyen simple et efficace d’utiliser les capacités cognitives d’une personne âgée afin de l’orienter dans l’espace-temps, de l’aider à stimuler sa mémoire et ainsi favoriser la compréhension de son environnement. Il est également possible d’aller plus loin dans la démarche de stimulation des sens, puisque le cerveau ne s’arrête pas aux 5 sens. En effet, il peut percevoir bien d’autres informations sensorielles qui n’entrent pas dans la catégorisation des 5 sens énoncée plus haut, comme la température, l’équilibre ou la proprioception. En d’autres termes, le choix des couleurs, les types de revêtements au sol, les parfums d’ambiance, les odeurs, l’acoustique, la musicalité des espaces, les textures, la température, les objets, les meubles, la décoration et les formes sont autant d’indicateurs et de facteurs visant à améliorer l’appropriation et la compréhension des espaces. L’ensemble de ces éléments ne devrait pas être négligé lors de la conception ou l’aménagement d’un établissement. Ces espaces de vie pour les résidents, et de travail pour le personnel soignant se doivent d’offrir une expérience stimulante, vivifiante et sécurisante qui favorise l’orientation, l’éveil, l’échange, l’authenticité et l’autonomie de l’ensemble de ses usagers.


Sources :

Carstensen, L. L. (1992). Social and emotional patterns in adulthood: support for socioemotional selectivity theoryPsychology and aging7(3), 331.

Guillaume, C., Eustache, F., & Desgranges, B. (2009). L’effet de positivité : un aspect intriguant du vieillissementRevue de neuropsychologie1(3), 247-253.

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