Bâtiment

L’impact de l’usager sur les performances énergétiques d’un bâtiment

Depuis quelques années maintenant, les questions d’énergie, d’effet de serre et de changement climatique sont plus que jamais à l’ordre du jour. Les ressources naturelles s’épuisent, l’activité humaine provoque des changements significatifs du climat qui ont d’ores et déjà des répercussions importantes : canicules, inondations, ouragans…

Dans ce contexte, le bâtiment intelligent – Smart Building – est l’un des moyens privilégiés d’atteindre les objectifs de diminution de la consommation énergétique et de réduction de Gaz à Effet de Serre. Ce type de bâtiment vise à mettre en application des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication – NTIC – permettant de superviser, maintenir et coordonner l’ensemble des équipements présents à l’intérieur. L’installation de nouvelles technologies implique la mise en place d’un certain nombre de capteurs, de systèmes, de logiciels ou d’applications permettant non seulement d’améliorer les performances énergétiques du bâtiment mais également d’apporter un confort, une sécurité et une continuité de services pour les futurs usagers. De manière à mettre en place les dispositifs les plus adaptés à l’usage du bâtiment et de limiter l’inacceptabilité des usagers face à ces technologies, il est essentiel de considérer l’usager comme un acteur essentiel du projet de construction.

Mais quels sont véritablement les risques dans la non-prise en compte des usagers dans la conception architecturale ? Comment le comportement peut-il réellement impacter les performances énergétiques du bâtiment ?

De part les différents projets réalisés au sein de Yumaneed, il nous est possible d’identifier deux types de problèmes portant sur les leviers d’actions comportementales des usagers d’un bâtiment nuisant ainsi à obtenir un résultat énergétique optimal :

  1. Malgré une sensibilisation toujours plus présente au sujet des éco-comportements et des éco-gestes, pourquoi leur mise en pratique reste très limitée ?
  2. Comment pouvons-nous expliquer que lorsque l’on met en place des mesures techniques d’efficacité énergétique, les résultats escomptés en matière d’économie d’énergie sont rarement à la hauteur ?

Une première explication peut se faire par l’écart entre le comportement théorique qui a été pensé et pris en compte lors de la conception et le comportement réel des usagers une fois dans l’habitat. En effet, le niveau de consommation réel des immeubles performants – neufs ou rénovés – dépasse bien souvent le niveau de consommation escompté et ceci souvent en raison de cet écart de comportement, de point de vue et de ressenti. C’est pourquoi afin de répondre à ces différentes problématiques il est nécessaire de mieux comprendre les comportements associés à la consommation d’énergie et de comprendre les mécanismes en jeu. En dehors des facteurs techniques et économiques, la consommation d’énergie dans l’habitat est une construction sociale et organisationnelle. En effet, si nous voulons bénéficier d’une véritable réduction des consommations d’énergie il est nécessaire de donner la possibilité aux habitants de participer aux choix collectifs concernant leur futur immeuble, bureau ou maison. L’usager futur d’un bâtiment représente le véritable bénéficiaire et il est important dans la conception d’un projet architectural que ce projet soit en accord avec les usages futurs du bâtiment de manière à ce qu’il puisse générer les comportements les plus adaptés. Il est primordial que le bâtiment réponde aux besoins des occupants au niveau de son aménagement, de ses installations techniques et surtout de ses choix de conception. L’utilisation du bâtiment sera effective du point de vue des économies d’énergie seulement si les différents dispositifs du bâtiment sont acceptés par les usagers et adaptés pour les occupants. Il est donc important de soigner l’ergonomie des équipements et des espaces pour qu’ils soient compréhensibles, faciles d’utilisation pour tous les occupants et gestionnaires du bâtiment et surtout en lien avec leurs besoins réels.

Une seconde explication peut être donnée par l’étude des besoins en performance énergétique du futur bâtiment, qui a été estimée non seulement pour une utilisation dites « normale » du bâtiment mais également selon une notion de confort collectif et normalisé. Or, le confort est la résultante de la sensation de bien-être sur le plan physique et mental. Il est associé à tous les capteurs dont le corps humain dispose pour juger une situation comme étant agréable ou désagréable. La notion de confort est en soi multidimensionnelle et relève à la fois de paramètres objectifs : ce que l’on peut mesurer et qui ne fait pas intervenir l’avis des usagers et de paramètres subjectifs : ce qui est personnel et dépend davantage du ressenti global de l’usager. Cette notion est très difficilement mesurable mais peut faire l’objet d’une part, d’études qualitatives permettant d’observer et d’analyser les ressentis et les besoins en terme de confort des usagers et d’autre part, d’études quantitatives consistant à récolter des données d’usage en masse et de les analyser pour mieux appréhender les besoins réels des usagers.

Une dernière explication peut être évoquée par le manque de compréhension immédiate de l’usage des espaces fonctionnels ou des équipements qui composent le bâtiment. Ce manque de compréhension induit des problèmes d’appropriation du bâtiment par l’usager et par conséquent des comportements non-adaptés (rejet, inacceptabilité…). L’apparence, l’information environnementale et la perception de l’objet par un individu doit pouvoir fournir des indices pour une utilisation appropriée grâce à leurs affordances. Lors de la réalisation d’un bâtiment, une multitude d’acteurs pense et réfléchit à sa conception, ce qui induit une conception et des perceptions différentes des objets constituant l’enveloppe ou les équipements du bâtiment. L’approche d’un objet par le concepteur est différente de la représentation qu’un utilisateur peut se faire de ce même objet. Par conséquent, il est important d’impliquer les futurs occupants dans le processus de conception et de co-concevoir avec l’ensemble des acteurs du bâtiment afin de privilégier l’efficacité dans la concertation et favoriser l’innovation et l’émergence d’idées.

Nous entendons très souvent les concepteurs indiquer mettre l’usager au centre de l’innovation et de la conception. Mais cette étude et prise en compte de l’usager doit se faire bien avant l’exploitation du bâtiment, en amont de la conception, pour ainsi éviter le développement de solutions de compensation par les usagers et donc une mauvaise utilisation et appropriation de l’habitat. Beaucoup de bâtiments sont encore aujourd’hui construits en pensant que les usagers s’adapteront à son fonctionnement et que de lui-même il influencera et modifiera le comportement des hommes dans leur propre habitat…

 

Sources :

Bona, A. (2016). Modélisation de l’affordance dans le domaine des constructions durables (Doctoral dissertation, Université de Bordeaux)

Gallissot, M. (2012). Modéliser le concept de confort dans un habitat intelligent: du multisensoriel au comportement (Doctoral dissertation, Grenoble)

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